Clement Charles

Clement Charles 's thoughts
January 17th, 2011 by Clement Charles

CONTENU ET CONTENANT: LA FIN D’UN COUPLE MYTHIQUE

Depuis les débuts des industries culturelles et des médias, le champ des contenus possibles a souvent – presque toujours – été configuré par les limitations techniques du contenant. Alors que ce couplage cesse d’être obligatoire à l’ère digitale, la majorité des entreprises de contenus s’enferme encore dans leur contenant.

 

La numérisation comme la multiplication des capacités multimédias des supports de diffusion autorisent enfin aux artistes et aux producteurs de contenu de se concentrer sur leur création, sans subir les contraintes du contenant. Drastique, ce changement rompt avec plus de 300 siècles d’histoire.

 

En effet, depuis les débuts de la culture et de sa transmission sous forme physique, le contenu possible est configuré par les contraintes du contenant, le message possible par celles du messager, l’œuvre par celles de l’outil. Les artistes rupestres ne voyaient pas le monde en ocre et noir, mais faisait avec les outils du moment. Les peintres avant les impressionnistes auraient, eux aussi, bien aimé sortir leur chevalet mais la chimie n’était pas assez avancée pour créer des peintures pouvant sécher rapidement, imposant le travail en atelier. Dans la même lignée, la nouvelle vague de Truffaut et Godard ou le “dogma” de Lars Von Trier, en parallèle de l’invention des premières “caméra à épaule” puis des caméscopes DV, montrent aussi que le changement de technologie permet l’évolution narrative, augmentant la liberté créative de l’artiste.

 

Le numérique et l’ère digitale libèrent totalement le contenu des contraintes du contenants tout en donnant l’accès à tous les outils possibles, la difficulté de les obtenir ou de les inventer étant remplacée par le travail d’apprendre à les utiliser et l’impossibilité de tout faire à la fois.

 

En effet, tous les supports numériques peuvent diffuser tous les contenus possibles: des textes de toutes longueurs, des fichiers vidéo ou photo, des outils interactifs, des données de toutes natures. Sur ces supports, la contrainte du contenant (iPhone, site web ou service IPTV) impose plutôt des interfaces variables et des processus de navigation particuliers que la quantité ou la nature du contenu possible.

 

En terme d’outils, tous les acteurs des médias et de la culture – avec ou sans talent, avec ou sans budget – peuvent produire, modifier et stocker tous les types de contenu, du texte à la vidéo HD, de la base de données à la musique. Dans ce domaine, c’est la complexité des outils et le temps nécessaire pour les maitriser qui limitent le champ d’action de chacun et induit encore aujourd’hui une spécialisation des créateurs.

 

Le domaine de la musique s’impose comme celui où ces changements ont été le plus importants. Le home studio a permis depuis près de 30 ans à de nouvelles générations de musiciens “sans instrument, ni solfège” de faire vibrer les foules. Le contenu (la musique) a beaucoup changé de contenant (du vinyle au CD au MP3) et de modèle d’affaire (de Napster à iTunes).

 

L’arrivée de cette même révolution dans les médias et dans la communication sera surement un élément clé de la capacité de ces industries à rester au cœur des pratiques du public. On l’a vu avec la musique, les secteurs paralysés par la peur du changement n’empêchent pas les gens d’avancer. Ils avancent juste sans eux. A nous d’agir.

 

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