Clement Charles

Clement Charles 's thoughts
December 1st, 2012 by Admin

La place informationnelle suisse, un de nos futurs possibles

Les adjectifs qualité, rigueur, fiabilité, neutralité s’associent souvent à la confédération helvétique, ses produits ou ses habitants. Heureux hasard, les valeurs fondamentales de la déontologie journalistique et des médias sont identiques, et  s’appliquent de plus en plus à toute la chaîne de valeur.

Dans une vision à moyen et long terme, la Suisse pourrait miser sur ces avantages pour développer la place informationnelle suisse  dans la lignée du développement de notre place financière au XIX-XXème siècle. Encore analysé avec un angle territoriale, voire linguistique, le terrain de jeux des médias d’aujourd’hui et de demain est la planète entière, le même que celui de toutes les autres “commodités mondialisées”.

 

Export_CH_PME-BANNER-292L’information journalistique, dont la qualité et la pertinence est garantie par le respect de règles morales communes à toute une profession, devient toujours plus importante pour tous les secteurs de la société et imposte progressivement ses principes déontologiques à toute la chaîne de valeur, du stockage à la diffusion, et toute formes d’informations, de la données statistiques au contenus de fictions.

En croissance perpétuelle, ce nouveau marché informationnel “régulé” induira des immenses besoins, où les principaux critères de pertinence des offres seront autant physiques (position stratégique, permanence de l’alimentation électrique), qu’en terme de sécurité (autoriser les accès uniquement aux ayants droit tout en permettant diverses formes d’anonymat) ou de neutralité (confidentialité, garantie la permanence de la prestation, quelques soit les aléas de toutes natures); autant de domaines où la Suisse peut faire la différence avec ses caractéristiques physiques (bunker, hydroélectricité) et politiques (neutralité, stabilité). En effet, avec ses atouts historiques, son personnel qualifié, sa population multilingue/multiculturelle, ses infrastructures à très haut débit, la Suisse pourrait devenir le centre de  la future Europe informationnelle.

En ces temps troublés par la crise et l’arrivée fracassante de la troisième révolution industrielle, nos secteurs tertiaires traditionnels peinent à trouver une réponse économique et morale satisfaisante. Doit-on réellement baser notre prospérité future sur la confiscation de revenus fiscaux d’autres nations, sur l’export d’armes de guerre ou la spéculation sur les matières premières qui nourrissent l’humanité? Est-ce ces leviers de croissance du XXème siècle renforcent notre position comme leader du multilatéralisme, de l’accueil des organisations internationales en terrain neutre ou de l’export de nos progrès intellectuels sous formes de brevets, machines et autres savoir faires? Alors que la réponse paraît moralement évidente, la crainte économique empêche de finaliser la réflexion, de mettre en cohérence la présence sur notre territoire de l’ONU ou de l’OMS avec nos revenus en lien directe avec la persistance des problèmes que ces organisations traitent.

La Suisse, nation physique et idée politique, a les moyens de lier le développement continu de sa prospérité avec l’assurance que celle ci n’appauvrit personne. Pour le monde. Mais aussi pour garantir son propre avenir. Si il n’est pas le dernier siècle de l’histoire, le XXIème siècle fonctionnera dans une perspective plus transparente et plus partagée, en phase avec l’évolution latérale de l’économie distribuée. Dans ce sens, toutes les pistes de croissances économiques non-destructrices doivent être étudiées. Et, les premiers arrivés seront les premiers servis.

Parmi les futurs possibles à venir, une place informationnelle Suisse qui valide la déontologie des données et les conserves pour des millénaires de manière sécurisée dans nos bunkers physiques, légaux et informationnels, valorise et étend les compétences helvétiques historiques tout en les intégrant dans un cadre – fréquent pour le journaliste – mais assez nouveau pour l’industrie d’exportation, la déontologie.

 

 

Cet article est paru dans ComIN Magazine, le magazine Suisse des professionnels de la communication et des médias, et sur MediaPart.

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