Clement Charles

Clement Charles 's thoughts
October 17th, 2009 by Clement Charles

MIPCOM, TELECOM, GITEX: les salons se suivent mais ne ressemblent pas

 

Le mois d’Octobre 2009 a vu l’enchaînement de trois grands évènements majeurs pour les acteurs des nouveaux médias et des technologies de l’information. A Cannes, un MIPCOM optimiste montre que le marché audiovisuel reprend des couleurs. A Genève, le succès d’avoir ramené Telecom de Hong Kong n’a pas suffit à faire venir les exposants et visiteurs attendus. Au GITEX à Dubai, les pays du Golfe et leurs partenaires semblent résister insolemment à la récession.

 

Alors que le MIP TV d’Avril se déroulait sous la pluie, dans une ambiance toute aussi maussade que la météo, le soleil brillait autant sur la Croisette que l’optimisme retrouvé dans cette édition automnale du célèbre salon. En effet, du point de vue du marché audiovisuel, la crise semble terminée. Les commandes de programmes repartent à la hausse, et les troubles récents ont installé durablement les idées défendues depuis longtemps par les pionniers des nouveaux médias (et dans Comin Mag): originalité dans la création des contenus, scénarisation transmédia impliquant TV, web et mobile, approche cross-plateforme des sources de revenus ou encore recherche de partenariat ciblé avec des marques (branded entertainement).

 

Au delà de l’optimisme ambiant, ce chapitre 2009 reste encore en repli par rapport aux années précédentes. Au Palais des Festivals, une grande partie de l’espace reste invendu aux exposants, et les immenses tentes sur plage ou les bateaux aux couleurs des entreprises croisant au large de l’Ile de Lérins font désormais partie de la légende cannoise. Enfin, pour la première fois depuis 2001, la peur du terrorisme traduite par le plan “Vigipirate” avec fouille et contrôle à chaque porte, a laissé la place à la paranoïa de la grippe A, avec de grands panneaux sur les gestes empêchant la progression de l’épidémie et du désinfectant pour les mains en libre service sur tous les stands.

 

Sur les mêmes dates, Genève accueillait ITU World Telecom, de retour au bout du lac après une escapade à Hong Kong en 2006, grâce de gros efforts de lobbying politique et hôtelier. Comparé aux fastes de l’édition 99 ou au retentissement international de 2003, la faible couverture média, le nombre de visiteurs comme d’exposants déçoivent. Principalement composé de pavillons nationaux ou super-régionaux, l’événement – limité à une petite partie des halles de Palexpo – manquait cruellement de grands acteurs du marché, de petites entreprises innovantes et de découvertes futuristes. Dans une industrie des télécoms qui se veut le réseau au cœur de la société du savoir en création, cette absence cruelle d’innovation, de vision ou de nouveautés donne un mauvais signe à un marché en plein questionnement sur ses prochains cycles industriels.

 

Même si il est juste de voir la crise comme raison importante de la mauvaise fréquentation, la logique même du salon semble à revoir et pose la question de la pertinence de l’ITU comme organisateur. En effet, l’ITU émane des états dont elle tient sa mission de régulation et représente les gros industriels qui doivent accepter les standards qu’ils appliqueront ensuite. Clairement, aucun de ces deux acteurs ne pousse réellement les innovations: états comme industriels sont encore en train de rentabiliser l’existant, et ne peuvent donc pousser vers la nouveauté. Enfin, l’existence d’une multitude d’événement plus spécialisés, organisés avec plus pertinences programmatique et une plus grande objectivité, où la présence amène des résultats tangibles, rend légèrement obsolète ces évènements “chapiteaux” qui regroupe toute une série d’acteurs qui n’ont rien d’autres en commun que d’agir dans des dimensions bien différentes de la même immense industrie.

 

Une grosse semaine après la fin du salon de Genève, le GITEX ouvrait ses portes à Dubai. Entre une dizaine de tours de 40 étages en construction et trois hectares de sable servant de parking au 4×4, le World Trade Center proposait huit halles couvrant les principaux domaines high-tech. Si l’on parle beaucoup de la crise aux Emirats Arabes Unis, elle ne saute pas aux yeux du nouveau visiteur: trafic incessant, forêts de grues en mouvement, construction continue de nuits, foule cosmopolite venue des quatre coins de la planète… Dans la même logique, le GITEX – toujours plus grands – et ses exposants ne semblent pas connaître pas la crise. Deux choses sautent aux yeux du visiteur Européen. D’une part, le niveau complètement identique des technologies et des attentes en terme de services entre les différentes parties du monde. Techniquement comme, la planète tourne désormais partout au même tempo. D’autre part, les pays du Golfe ont réussi à faire émerger tout un écosystème de pays partenaires que l’Europe et les USA intéressent peu, voire pas. Pakistan, Philippines, Sri-Lanka ne sont que les plus visibles de ces nouveaux tigres technologiques qui utilisent la fantastique croissance du Golfe pour développer et renforcer leur place dans la géographie globale des nouvelles technologies.

 

Après avoir visité ces trois salons en moins de trois semaines, on arrive à la conclusion que, même si les choses semblent aller moins vite qu’au début du millénaire, ce qui se construit aujourd’hui est plus solide, plus durable, plus orienté vers le long terme. Enfin, l’optimisme d’un MIPCOM, l’échec d’un Telecom ou le succès d’un GITEX confirme aussi la nécessité de réinvention perpétuelle pour les entreprises de notre secteur, comme les structures chargés de les représenter ou les servir. Affaire à suivre.

 

Leave a Reply

%d bloggers like this: